Le moscovium est un élément chimique synthétique superlourd de symbole Mc et de numéro atomique 115. Extrêmement radioactif, il n’a pas été observé à l’état naturel. L’un de ses isotopes les plus durables connus, le moscovium 289, a une période radioactive de quelques dixièmes de seconde. Il a également été désigné provisoirement sous le nom d’« éka-bismuth » ou simplement d’« élément 115 ».
Le moscovium est un élément transactinide superlourd de symbole Mc et de numéro atomique 115, appartenant au groupe 15 (pnictogènes), sous le bismuth, l’antimoine et l’arsenic. Sa configuration électronique fondamentale prédite est [Rn] 5f¹⁴ 6d¹⁰ 7s² 7p¹/₂² 7p₃/₂¹. Contrairement au bismuth, qui privilégie l’état d’oxydation +3, le moscovium possède un seul électron dans l’orbitale 7p₃/₂ déstabilisée et facilement ionisable, ce qui favorise fortement l’état d’oxydation monovalent +1 (Mc⁺) en solution aqueuse et dans les halogénures volatils, révélant un comportement réactif marqué de métal pauvre.
Mc + HCl → McCl + 1/2 H₂ (predicted)
Il formerait du monochlorure de moscovium monovalent, volatil et stable en solution acide, de manière analogue aux halogénures de thallium(I).
Mc + H₂O → McOH + 1/2 H₂ (predicted)
Il réagirait avec l’eau en formant du monohydroxyde de moscovium, très soluble et fortement alcalin.
Mc (gas) + SiO₂ / Au → Mc (adsorbed)
Les premières expériences de thermochromatographie indiquent qu’il s’adsorbe plus fortement sur le quartz et l’or que le flérovium et le copernicium.
| Composé | Formule | Utilisation ou importance |
|---|---|---|
| Monochlorure de moscovium | McCl | Halogénure monovalent prédit par les modèles thermodynamiques comme l’espèce gazeuse la plus accessible pour les expériences |
| Monohydroxyde de moscovium | McOH | Composé basique monovalent théorique prédit comme très soluble dans l’eau et doté de propriétés alcalines analogues à celles de CsOH |
| Trifluorure de moscovium | McF₃ | Halogénure trivalent modélisé par calcul quantique, instable et susceptible de se réduire spontanément en monohalogénure |
Tous les isotopes du moscovium sont radioactifs et d’origine artificielle. Cinq nucléides sont connus, avec des nombres de masse compris entre 287 et 291. L’isotope le plus durable est le moscovium 290 (²⁹⁰Mc), dont la période radioactive est d’environ 0,65 à 0,8 seconde ; il se désintègre par émission alpha en nihonium 286. L’isotope le plus étudié est le moscovium 288 (²⁸⁸Mc, période radioactive d’environ 0,16 à 0,2 seconde), dont la cascade de désintégrations nucléaires successives constitue la principale voie de découverte de nucléides superlourds descendants.
Il n’existe naturellement ni sur Terre ni dans le cosmos observable. Il est produit atome par atome dans des accélérateurs de particules à haute énergie, par une réaction de fusion nucléaire chaude consistant à bombarder des cibles radioactives d’américium 243 avec des projectiles de calcium 48 accélérés à l’Institut de Doubna, en Russie. Le rythme de synthèse est d’à peine quelques atomes individuels par semaine d’irradiation ininterrompue.
Il a été synthétisé pour la première fois en août 2003 à l’Institut unifié de recherches nucléaires (JINR), à Doubna, en Russie, en collaboration avec le Lawrence Livermore National Laboratory, aux États-Unis. Après confirmation indépendante au laboratoire GSI, en Allemagne, en 2013, puis à Berkeley en 2015, l’IUPAC a officiellement approuvé, en novembre 2016, le nom « [moscovium] », en hommage à l’oblast de Moscou, la région géographique où se trouve la ville scientifique de Doubna.
Il n’a aucune application technologique, industrielle ou commerciale, car il est produit atome par atome et se désintègre en une fraction de seconde. Son étude revêt une grande importance scientifique pour confronter les prédictions théoriques de la physique nucléaire concernant la stabilité face à la fission spontanée et comprendre comment les effets relativistes favorisent les états monovalents dans le groupe 15.
Aucun composé n’est produit à une échelle permettant de l’observer directement ; ses propriétés chimiques sont étudiées à l’aide de systèmes automatisés de transport par hélium gazeux et de techniques de chromatographie à l’échelle de l’atome unique.
Il n’a aucun rôle biologique dans la nature et n’interagit pas avec les êtres vivants, puisqu’il existe exclusivement dans les conditions d’ultravide des accélérateurs.
La radioprotection concerne exclusivement les opérateurs exposés au faisceau d’ions lourds et ceux qui manipulent la cible radioactive d’américium 243.
Il ne produit pas de déchets écologiques ayant un impact environnemental, car les atomes synthétisés sont comptés individuellement et se désintègrent immédiatement.
L’Institut unifié de recherches nucléaires (JINR) est situé à Doubna, sur les rives de la Volga, dans la région administrative de l’oblast de Moscou. Pour commémorer plus d’un demi-siècle de découvertes pionnières d’éléments transuraniens et transactinides dans ses installations, des scientifiques russes et américains ont proposé le nom « moscovium ». L’IUPAC l’a ratifié en 2016, inscrivant ainsi la région historique de Moscou dans le tableau périodique.
L’élément 115 est apparu dans des récits populaires évoquant de prétendus systèmes de propulsion extraterrestres avant que sa synthèse en laboratoire ne soit confirmée. Toutefois, ces affirmations ne reposaient sur aucune preuve scientifique. Le véritable moscovium est un élément superlourd produit atome par atome, radioactif et de très courte durée de vie. Il n’a pas été démontré qu’il permettait d’obtenir une énergie extraordinaire ni qu’il possédait les propriétés décrites dans ces récits.
Il est impossible de rassembler un échantillon de moscovium visible, car cet élément est produit atome par atome et ses isotopes se désintègrent rapidement. On n’a donc pas pu observer directement comment un morceau de cet élément réagirait avec l’air ou l’eau. Les scientifiques utilisent des calculs théoriques et des comparaisons avec les autres éléments du groupe pour estimer son comportement, mais ces prédictions ne constituent pas des observations directes.
Avec une période radioactive d’à peine 600 millisecondes, l’atome de moscovium doit être extrait de la cible de réaction, ralenti dans de l’hélium gazeux à pression atmosphérique, transporté dans un capillaire millimétrique de dix mètres de long et injecté dans une cellule de détection en moins de 200 millisecondes. Les chimistes nucléaires utilisent des flux gazeux laminaires à vitesse supersonique pour réaliser la réaction chimique avant que l’atome ne se désintègre.
Chez les éléments plus légers du groupe 15, comme le phosphore, l’arsenic ou le bismuth, les états d’oxydation dominants sont +3 et +5, en raison de la participation de leurs trois électrons p. Chez le moscovium, le dédoublement relativiste dû au couplage spin-orbite sépare la sous-couche 7p en deux niveaux quantiques : le niveau 7p₁/₂ rempli, qui contient deux électrons, et l’orbitale 7p₃/₂ déstabilisée, qui ne contient qu’un seul électron. Cet électron isolé est facilement arraché, ce qui favorise fortement l’état monovalent Mc⁺.
L’américium 243 possède 95 protons et 148 neutrons. Lorsqu’il entre en collision avec des projectiles de calcium 48 doublement magique, qui possèdent 20 protons, la somme exacte donne 115 protons. Cette combinaison nucléaire présente une section efficace de fusion particulièrement favorable par rapport à celles d’autres transactinides, ce qui a permis aux laboratoires de Doubna et d’Allemagne de produire plus d’une centaine d’atomes de moscovium au cours de différentes expériences.
Lorsqu’un noyau de moscovium 288 est créé dans la cible du cyclotron, il déclenche une cascade radioactive de très haute énergie : il émet une particule alpha en deux dixièmes de seconde et se transforme en nihonium 284. Celui-ci se désintègre à son tour par émission alpha en roentgenium 280, puis en meitnérium 276, en bohrium 272 et enfin en dubnium 268. Cette séquence ininterrompue de cinq transmutations alpha se termine par la fission du dubnium après une survie de plus de vingt-quatre heures.
Principales sources consultées : PubChem, Royal Society of Chemistry, NIST, IUPAC. Dernière révision : novembre 2026.