Le curium est un élément chimique radioactif transuranien de symbole Cm et de numéro atomique 96. Cet actinide a été nommé en l’honneur de Marie et Pierre Curie, célèbres pour leurs recherches sur la radioactivité. Il a été produit et identifié pour la première fois en juillet 1944 par l’équipe de Glenn T. Seaborg, à l’Université de Californie à Berkeley.
Le curium possède huit électrons externes ([Rn] 5f⁷ 6d¹ 7s²) et agit à l'état +3, avec un +4 stable dans le dioxyde et les fluorures. Son électronégativité est faible (1,28) et il est dense, cassant et hautement radioactif : il brille en violet par radioluminescence et chauffe ses composés. Sa couche 5f demi-remplie en fait le jumeau du gadolinium ; le Cm-244 émet les alphas qui analysent Mars.
4 Cm + 3 O₂ → 2 Cm₂O₃
Dans l'air, il s'oxyde rapidement en dioxyde foncé. La chaleur de désintégration maintient l'échantillon chaud et accélère l'oxydation.
2 Cm + 6 HCl → 2 CmCl₃ + 3 H₂
Il se dissout dans les acides pour donner des sels de curium(III) incolores qui brillent dans le noir. Le chlorure est la voie pour purifier le Cm-244.
CmO₂ + 4 HF → CmF₄ + 2 H₂O
Le dioxyde se convertit en tétrafluorure, le précurseur du métal par réduction avec du baryum et de targets pour le bérylkeium.
²⁴⁴Cm → ²⁴⁰Pu + α
Le Cm-244 se désintègre en émettant des alphas de 5,8 MeV qui excitent des rayons X dans les roches martiennes et génèrent de la chaleur pour les RTG.
| Composé | Formule | Utilisation ou importance |
|---|---|---|
| Dioxyde de curium-244 | ²⁴⁴CmO₂ | APXS des rovers et RTG |
| Tétrafluorure de curium | CmF₄ | Production de métal |
| Oxalate de curium | Cm₂(C₂O₄)₃ | Purification radiochimique |
| Target Cm-248 | ²⁴⁸Cm | Synthèse d'éléments superlourds |
| Nitrate de curium | Cm(NO₃)₃ | Séparation du combustible |
Aucun isotope de curium n'est stable. Le curium-244 (²⁴⁴Cm, 18,1 ans) alimente les premiers APXS et RTG. Le curium-242 (²⁴²Cm, 163 jours) a chauffé les premières sondes. Le curium-248 (²⁴⁸Cm, 340 000 ans) est un target pour la synthèse du seaborgium et du hassium.
Il n'existe pas dans la nature : tout le curium est engendré dans les réacteurs, lorsque le Pu-239 capture des neutrons jusqu'à Am-243, qui se désintègre via le Cm-244. Il est extrait du combustible usé par retraitement nucléaire avancé : chaque tonne contient des grammes. Seuls Oak Ridge et Dimitrovgrad l'isolent à grande échelle.
Seaborg, James et Ghiorso le synthétisèrent en 1944 en bombardant du plutonium avec des alphas à Berkeley et le nommèrent curium, d'après Pierre et Marie Curie : un hommage aux parents de la radioactivité. Il fut annoncé en 1945 aux côtés de l'américium. L'APXS le mena sur Mars.
Sous forme de Cm-244 en sources scellées, il excite les rayons X dans Sojourner, Spirit et Curiosity pour analyser les roches sans les ramener sur Terre. Comme source de chaleur, il alimente les RTG des premières sondes et balises éloignées.
Le dioxyde céramique survit à la rentrée atmosphérique ; le Cm-248 bombardé avec du magnésium crée du seaborgium. Ses solutions étalonnent la migration des actinides dans les dépôts géologiques.
Il n'a aucune fonction biologique et est hautement radiotoxique : inhalé, il s'accumule dans les os et le foie pendant des décennies. Sa manipulation est réservée aux installations nucléaires spécialisées.
Il est manipulé uniquement dans des installations nucléaires spécialisées, sous confinement strict. En raison des quantités infimes produites, le risque d'exposition externe est négligeable. Il n'existe pas dans les produits de consommation.
Il fait partie des déchets à haute activité qui façonnent les dépôts géologiques sur des milliers d'années. La recherche explore sa transmutation en isotopes à vie plus courte ou son combustion dans des réacteurs rapides.
Le curium-244 émet des particules alpha qui, lorsqu'elles frappent des roches ou le sol martien, provoquent l'émission de rayons X caractéristiques. En analysant l'énergie de ces rayons X, l'instrument identifie les éléments présents dans l'échantillon. Cette méthode, appelée spectrométrie de rayons X par particules alpha, détermine la composition chimique des matériaux extraterrestres sans avoir à les ramener sur Terre.
Le curium-242 a été utilisé comme source de chaleur dans les générateurs thermoélectriques à radioisotope pour les premières sondes spatiales. Sa désintégration libère de la chaleur pouvant être convertie en électricité pour alimenter les instruments et les systèmes de communication. Bien que sa demi-vie soit courte, environ 163 jours, cela suffisait pour les missions de courte durée. Le curium-244 et d'autres isotopes à vie plus longue furent préférés ensuite.
Le curium est généré comme sous-produit dans les réacteurs nucléaires et fait partie des déchets à haute activité. Sa radiotoxicité et sa tendance à s'accumuler dans les os compliquent sa gestion. La recherche étudie les moyens de le séparer, de l'immobiliser ou de le transmuter en isotopes à vie plus courte. Sa présence dans les déchets est l'une des raisons pour lesquelles le stockage géologique profond est nécessaire.
Le plutonium-238 est l'isotope le plus utilisé aujourd'hui dans les générateurs thermoélectriques pour les missions spatiales, grâce à sa demi-vie de 88 ans et sa radiotoxicité moindre. Le curium-244 fut utilisé dans les premières missions et dans les spectromètres, mais sa radiotoxicité plus élevée et sa disponibilité moindre limitent son utilisation aujourd'hui. Le plutonium offre une combinaison plus équilibrée de durée, de puissance et de sécurité pour les missions de longue durée.
L'instrument APXS, qui utilise le curium-244 comme source de particules alpha, peut détecter les éléments majeurs tels que le magnésium, l'aluminium, le silicium, le potassium, le calcium et le fer, ainsi que les éléments mineurs comme le sodium, le phosphore, le soufre, le chlore, le titane, le chrome et le manganèse. Il est également sensible aux éléments légers comme le carbone et l'oxygène par analyse des particules alpha rétrodiffusées.
Le curium-244 a une demi-vie d'environ 18 ans, bien plus longue que les 163 jours du curium-242. Cela signifie qu'il maintient sa puissance thermique beaucoup plus longtemps, ce qui est essentiel pour les missions spatiales de longue durée. De plus, son émission alpha est stable et prévisible, ce qui simplifie la conception des générateurs et spectromètres qui doivent fonctionner pendant des années sans maintenance.
Le curium fut nommé en l'honneur de Pierre et Marie Curie, pionniers de l'étude de la radioactivité. Marie Curie découvrit le polonium et le radium, et son travail posa les fondements de la physique et de la chimie nucléaire modernes. Le nom reconnaît cette contribution et lie le curium à la tradition scientifique de la recherche radioactive des XIXe et début XXe siècles.
Principales sources consultées : PubChem, Royal Society of Chemistry, NIST, IUPAC. Dernière révision : novembre 2026.