L’einsteinium est un élément chimique synthétique de symbole Es et de numéro atomique 99. C’est un actinide et le septième élément transuranien. Il a été identifié dans les débris de la première explosion d’une bombe thermonucléaire, en 1952, puis nommé en l’honneur du physicien Albert Einstein.
L’einsteinium possède onze électrons externes ([Rn] 5f¹¹ 7s²) et se comporte en +3, avec un +2 accessible dans les halogénures et les oxydes. Son électronégativité est faible (1,30) et c’est un métal mou, paramagnétique, de structure cubique à faces centrées. Il est si radioactif qu’il dégage environ 1 000 W par gramme : sa lueur bleutée excite l’air environnant et son propre rayonnement détruit son réseau cristallin en quelques semaines.
4 Es + 3 O₂ → 2 Es₂O₃
À l’air, il s’oxyde en sesquioxyde. La chaleur de désintégration maintient l’échantillon chaud et accélère la réaction.
2 Es + 6 HCl → 2 EsCl₃ + 3 H₂
Il se dissout dans les acides en donnant des sels d’einsteinium(III). Le chlorure est la voie d’étude de sa chimie en solution.
²⁵³Es → ²⁴⁹Bk + α
L’Es-253 se désintègre en berkelium-249 en émettant des particules alpha à un taux d’environ 3 % par jour : tout échantillon change de composition en quelques semaines.
²⁵³Bk + n → ²⁵⁴Bk → (β) → ²⁵⁴Es
L’Es-254 est obtenu par double capture neutronique et désintégration bêta du berkelium dans le réacteur : la voie de l’isotope marqueur de la sonde Surveyor 5.
| Composé | Formule | Utilisation ou importance |
|---|---|---|
| Oxyde d’einsteinium | Es₂O₃ | Étude de la chimie de l’einsteinium |
| Chlorure d’einsteinium | EsCl₃ | Transferts en solution |
| Oxalate d’einsteinium | Es₂(C₂O₄)₃ | Séparation du curium |
| Trifluorure d’einsteinium | EsF₃ | Précurseur halogéné |
| Source Es-254 | ²⁵⁴Es | Marqueur de la sonde Surveyor 5 |
Aucun isotope de l’einsteinium n’est stable. L’einsteinium-252 (²⁵²Es, 471,7 jours) est le plus stable mais extrêmement rare ; l’einsteinium-253 (²⁵³Es, 20,47 jours) est celui habituellement utilisé dans les expériences, puisqu’il est obtenu par double capture neutronique. L’einsteinium-254 (²⁵⁴Es, 276 jours) a calibré le spectromètre de la sonde Surveyor 5.
Il n’existe pas dans la nature : l’einsteinium est né dans les débris de la première explosion thermonucléaire (Ivy Mike, 1952), où des atomes d’Es-253 ont été détectés parmi les produits de fission. Aujourd’hui, il est produit en microgrammes par double capture neutronique dans le réacteur à haut flux d’Oak Ridge, entre le berkelium et le fermium.
Ghiorso et ses collègues l’ont identifié en 1952 en analysant les débris de l’essai de bombe H Ivy Mike dans le Pacifique. C’était le septième élément transuranien et le premier nommé d’après une personne vivante : Albert Einstein, lors du centenaire complet de sa naissance (1879-1952).
L’Es-254 a été utilisé comme marqueur de calibration dans le spectromètre d’analyse chimique de la sonde lunaire Surveyor 5 (1967) : l’une des rares utilisations pratiques d’un élément superlourd en dehors du laboratoire.
Ses composés permettent d’étudier la chimie des actinides lourds et de calibrer les séparations radiochimiques ensuite appliquées au californium et aux éléments superlourds.
Il n’a aucune fonction biologique et est extrêmement radiotoxique : un gramme génère un kilowatt de chaleur par désintégration. On travaille en microgrammes avec un double confinement.
Il n’est manipulé qu’à Oak Ridge et à Doubna, dans des cellules avec refroidissement forcé en raison de sa propre chaleur. Le rayonnement endommage son propre réseau cristallin, si bien que les échantillons sont utilisés peu après leur production.
Il n’y a pas de déversement : chaque microgramme est traçable et les déchets sont vitrifiés. Sa production consomme des réacteurs entiers pendant des mois.
L’einsteinium-253 est si radioactif qu’il dégage une énorme quantité d’énergie par gramme, environ 1 000 watts par gramme. Cette énergie, avec les particules alpha et bêta qu’il émet, peut exciter les molécules de l’air environnant et produire une faible lueur bleutée. Ce n’est pas une propriété luminescente du métal lui-même, mais l’effet de sa radioactivité intense sur l’environnement immédiat.
L’einsteinium-253 a été le matériau cible utilisé pour synthétiser le mendélévium, l’élément 101, en 1955. En bombardant des atomes d’einsteinium par des particules alpha (noyaux d’hélium) dans un cyclotron, les premiers atomes de mendélévium-256 ont été formés. Cette expérience a marqué une étape en démontrant que des éléments au-delà du numéro 100 pouvaient être créés par fusion de noyaux légers avec des actinides lourds.
L’einsteinium est paramagnétique parce que ses électrons non appariés dans la couche 5f génèrent un moment magnétique net. Contrairement aux matériaux ferromagnétiques, il ne conserve pas l’aimantation lorsque le champ externe est retiré, mais il s’aligne temporairement avec lui. Cette propriété, avec sa structure cristalline cubique à faces centrées, le rend intéressant pour étudier le comportement magnétique des actinides lourds.
Oui. L’isotope einsteinium-254 a été employé comme marqueur de calibration dans le spectromètre d’analyse chimique de la sonde lunaire Surveyor 5 en 1967. Son émission caractéristique a servi de référence pour calibrer les mesures de l’instrument. C’est l’un des rares cas où un élément superlourd a eu une application pratique en dehors du laboratoire.
En plus d’être produit en quantités minuscules, l’einsteinium-253 se désintègre rapidement et se transforme en berkelium-249 puis en californium-249, à un taux d’environ 3 % par jour. Cela signifie que tout échantillon change de composition en quelques semaines, ce qui complique les expériences. La radioactivité élevée endommage aussi le réseau cristallin du métal, altérant ses propriétés physiques avec le temps.
L’einsteinium-252 est l’isotope le plus stable, avec une demi-vie de 471,7 jours, mais il est très difficile à produire en quantités significatives. L’einsteinium-253, avec une demi-vie de 20,47 jours, est celui que l’on obtient le plus facilement et que l’on utilise dans la plupart des expériences. Le choix de l’isotope dépend de l’équilibre entre disponibilité et durée de l’échantillon.
L’einsteinium partage de nombreuses similitudes physiques et chimiques avec l’holmium, un lanthanide situé bien plus tôt dans le tableau périodique. Tous deux sont des métaux mous, paramagnétiques, avec une structure cristalline similaire. Cette analogie aide les scientifiques à prédire le comportement de l’einsteinium, car l’holmium est beaucoup plus abondant et plus facile à étudier. C’est un exemple de la façon dont les tendances périodiques permettent d’inférer les propriétés d’éléments presque inaccessibles.
Principales sources consultées : PubChem, Royal Society of Chemistry, NIST, IUPAC. Dernière révision : novembre 2026.