Le dysprosium est un élément chimique de symbole Dy et de numéro atomique 66. C’est un élément des terres rares présentant un éclat métallique argenté. Il ne se trouve jamais à l’état libre dans la nature, mais est présent dans différents minéraux, notamment la xénotime.
Le dysprosium possède dix électrons externes ([Xe] 4f¹⁰ 6s²) et se comporte presque toujours en +3, avec une faible électronégativité (1,22). Il forme des liaisons fortement ioniques et est très magnétique : ajouté au néodyme, il augmente la coercivité à haute température. Il est mou, s’oxyde lentement à l’air sec et rapidement à l’air humide, et absorbe les neutrons avec une grande efficacité.
4 Dy + 3 O₂ → 2 Dy₂O₃
À l’air sec, il se ternit lentement ; à l’air humide, il se recouvre d’un oxyde verdâtre qui s’écaille. Chauffé, il brûle en oxyde.
2 Dy + 6 H₂O → 2 Dy(OH)₃ + 3 H₂
Il réagit avec l’eau en libérant de l’hydrogène, plus vite à chaud. Les aimants contenant du dysprosium résistent mieux car la matrice Nd-Fe-B le protège.
2 Dy + 6 HCl → 2 DyCl₃ + 3 H₂
Il se dissout dans les acides en donnant des sels de dysprosium(III) jaunâtres. Le chlorure alimente la diffusion dans les joints de grains des aimants.
2 Dy + 3 I₂ → 2 DyI₃
Avec l’iode, il donne l’iodure, qui dans les lampes à halogénures métalliques produit une lumière blanche extrêmement intense lorsqu’il se vaporise dans l’arc.
| Composé | Formule | Utilisation ou importance |
|---|---|---|
| Oxyde de dysprosium | Dy₂O₃ | Aimants thermiques et céramiques nucléaires |
| Iodure de dysprosium | DyI₃ | Lampes à lumière blanche intense |
| Aimant Nd-Dy-Fe-B | NdDyFeB | Moteurs électriques et énergie éolienne |
| Chlorure de dysprosium | DyCl₃ | Diffusion dans les aimants et catalyseurs |
| Borure de dysprosium | DyB₆ | Cathodes et matériaux magnétiques |
Le dysprosium naturel mélange sept isotopes stables : 156Dy (~0,06 %), 158Dy (~0,10 %), 160Dy (~2,3 %), 161Dy (~18,9 %), 162Dy (~25,5 %), 163Dy (~24,9 %) et 164Dy (~28,3 %), tous avec 66 protons. Le 164Dy possède la plus grande section efficace de capture neutronique parmi les stables et est utilisé dans les barres de contrôle.
Il apparaît à environ 5 ppm, dans la bastnasite, la monazite et surtout la xénotime et les argiles ioniques du sud de la Chine, riches en éléments lourds. Sa production est très concentrée géographiquement. Il est obtenu par dissolution acide, extraction par solvant et séparation chromatographique fine.
Paul-Émile Lecoq de Boisbaudran l’a découvert en 1886 dans l’holmia impure et l’a nommé dysprosium, du grec dysprositos (difficile à obtenir) : un nom prophétique. Sa séparation pure a été réalisée par Urbain au XXe siècle. Pendant un siècle, ce fut une rareté jusqu’à ce que les voitures électriques en fassent un élément critique.
En tant qu’additif au néodyme (1-8 %), il maintient le magnétisme jusqu’à 200 °C dans les moteurs et les éoliennes. Il entre aussi dans le Terfenol-D pour les sonars et dans les alliages magnétocaloriques pour la réfrigération sans gaz.
L’iodure éclaire les stades et les cinémas avec une lumière blanche quasi diurne ; l’oxyde absorbe les neutrons dans les barres de contrôle et dope les céramiques. Les lasers au dysprosium émettent dans l’infrarouge moyen pour les capteurs de gaz.
Il n’a aucune fonction biologique et sa toxicité est faible sous les formes habituelles. Les aimants finis ne libèrent pas de dysprosium ; l’exposition est professionnelle, due aux poussières d’usinage.
La poudre fine peut être pyrophorique et s’enflammer à l’air, c’est pourquoi on usine avec un liquide de refroidissement et une extraction. Les aimants puissants présentent un risque mécanique dû aux pincements et aux projections. Les poussières et les fumées d’usinage doivent être captées.
L’extraction des terres rares déplace de grandes quantités de roche et consomme des réactifs. Le recyclage des aimants en fin de vie et la réduction de la teneur en dysprosium par diffusion aux joints de grains sont les moyens d’alléger son empreinte minière.
Le dysprosium est ajouté aux aimants néodyme-fer-bore pour augmenter leur résistance à la désaimantation lorsqu’ils fonctionnent à haute température. C’est essentiel dans les moteurs électriques de véhicules, les générateurs éoliens et les équipements industriels, où la chaleur peut réduire les performances magnétiques. En améliorant la coercivité, le dysprosium permet à l’aimant de conserver son champ même dans des conditions exigeantes, bien qu’il rende aussi le matériau plus cher en raison de sa forte demande stratégique.
Le dysprosium a une faible toxicité et aucune fonction biologique essentielle n’est connue dans l’organisme. Cependant, le métal pur réagit avec l’air et l’eau, et la poudre fine peut être pyrophorique, c’est-à-dire capable de s’enflammer facilement. C’est pourquoi sa manipulation industrielle exige un contrôle de l’atmosphère, une protection contre l’incendie et des mesures pour éviter l’inhalation. Les aimants et composants finis ne représentent pas une exposition habituelle pour l’utilisateur.
Il est considéré comme critique parce qu’il est difficile de le substituer dans les aimants haute performance qui doivent fonctionner à chaud, et parce que sa chaîne d’approvisionnement est très concentrée dans quelques pays. Les moteurs de véhicules électriques et les générateurs éoliens dépendent d’aimants stables à température élevée, et le dysprosium est l’un des additifs les plus efficaces pour y parvenir. Cette combinaison d’importance technologique, d’offre limitée et de difficulté de recyclage élève sa valeur stratégique.
Oui, mais il peut perdre en performance à haute température. Il existe des techniques pour réduire la quantité de dysprosium, comme la diffusion du dysprosium dans les joints de grains de l’aimant ou la redéfinition du moteur et du système de refroidissement. Ces stratégies cherchent à conserver la résistance à la chaleur tout en utilisant moins de matériau. Néanmoins, dans des applications très exigeantes comme les moteurs électriques et les éoliennes, le dysprosium reste difficile à remplacer complètement.
Le dysprosium absorbe les neutrons avec une grande efficacité, une propriété mise à profit dans les barres de contrôle et les matériaux absorbants de neutrons des réacteurs nucléaires. En capturant les neutrons, il aide à réguler la réaction en chaîne et à maintenir le fonctionnement dans des limites sûres. De plus, certains composés du dysprosium conservent leur stabilité structurelle après une irradiation prolongée, ce qui est précieux dans les composants exposés à des conditions nucléaires intenses.
Le dysprosium est obtenu principalement à partir de minerais de terres rares tels que la bastnasite, la monazite et la xénotime, où il apparaît aux côtés d’autres lanthanides lourds. Après traitement du minerai, il est séparé par extraction par solvant et échange d’ions. C’est l’un des éléments considérés comme stratégiques parce que sa production est géographiquement concentrée et que sa demande croît avec les moteurs électriques et les éoliennes.
En dehors de l’amélioration des aimants, le dysprosium est utilisé dans les matériaux pour lasers, dans les lampes à décharge à halogénures métalliques — où son iodure contribue à une lumière blanche intense — et dans les composants de réacteurs nucléaires. Il est aussi recherché dans les aimants moléculaires et les technologies de stockage de l’information. Ses propriétés magnétiques, optiques et d’absorption neutronique expliquent cette variété d’applications spécialisées.
Principales sources consultées : PubChem, Royal Society of Chemistry, NIST, IUPAC. Dernière révision : novembre 2026.